Thibault, l’insatiable « street medic » au coeur des « gilets jaunes »

Dans la vie de tous les jours, Thibault, trente-cinq ans, est ambulancier. Mais tous les samedi depuis le 17 novembre, date du premier rassemblement des gilets jaunes, il est « street medic ». Un médecin de rue, qui soigne bénévolement les personnes blessées en marge des manifestations des « gilets jaunes ».

Il était 7h30 du matin, le samedi 15 décembre. Le soleil n’est pas encore levé, dans le village de Lassigny dans l’Oise… Contrairement à Thibault, qui sirote un café corsé au milieu de sa cuisine. De l’énergie, il en aura besoin pour avaler les dizaines de kilomètres du cortège des « gilets jaunes » prévu à Paris. Il est concerné par l’augmentation des prix du carburant. “Je n’ai jamais raté un seul samedi de manifestations depuis le début du mouvement”, affirme le jeune homme qui, à ses frais, effectue un trajet hebdomadaire d’une heure et quart.

Pourtant, ce n’est pas couvert du gilet jaune qu’il déambulera dans les rues parisiennes tout à l’heure, mais sous l’étiquette de street medic. C’est-à-dire en tant que médecin de rue volontaire. Mais pas improvisé. “Je suis ambulancier le reste du temps, j’ai des notions solides pour prodiguer des soins. En manif, pourtant, je vois beaucoup de personnes dites “street medic”, qui n’ont rien avoir avec le domaine de la santé. Certains s’affublent même de la croix rouge, alors que c’est interdit”, avoue-t-il tout en préparant son sac. Sur le terrain, il faut avoir les sens en éveil, être prêt à intervenir dans n’importe quelle situation.

Des bandes pour les plaies et les entorses, des gouttes pour les yeux et les muqueuses, des masques contre le gaz lacrymogène… Un équipement sommaire mais essentiel. “Je prends aussi des barres de céréale, ça donne de l’énergie, les gens aiment bien quand ils ont de petites hypoglycémies”, ajoute Thibault. Pour être identifié, il aura un casque personnalisé d’une croix blanche et du titre de “street medic”, dessinés au blanco. “Tout ça c’est artisanal”, concède-t-il, en jetant un oeil vers sa femme et ses deux jeunes enfants. Tout juste sortis du lit, ils prennent leur petit-déjeuner sans piper mot. “On n’en parle pas beaucoup, mais ma femme me connaît. Elle sait que je fais attention”, assure Thibault.

Bien que concerné par les revendications portées par la majorité des gilets jaunes, le père de famille ne veut pas s’y intégrer. “Je ne connais pas assez toutes les données, les circonstances de ce mouvement. Je préfère rester en retrait”, même s’il dit manifester en suivant le cortège. Il n’a pas non plus d’opinions politiques très arrêtées. A chaque élection présidentielle, il n’a jamais voté “pour” une personne. Mais toujours “contre” l’extrême droite, en 2002 en donnant sa voix à Jacques Chirac, et en 2017 à Emmanuel Macron.

Joanne Girardo et Clément Fourcade.

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