Red Star FC, club « tendance » au nord de Paris

Le club populaire de St Ouen se gentrifie au grand dam de ses plus fervents supporters.

Rien n’échappe à la vague bobo, pas même le football. Au nord de la capitale, les matchs du Red star, l’équipe historique de St Ouen se transforment peu à peu en évènement tendance à ne pas manquer le vendredi soir. “Un ami m’a fait connaître l’ambiance du club et depuis on s’y rend chaque vendredi pour prendre une bière” raconte Quentin 25 ans, étudiant à Science Pô. Depuis la montée du club en seconde division nationale, les matchs se jouent à Beauvais, à une heure  de route de St Ouen, dans un stade plus aux normes, mais les soirées continuent dans le nord de Pairs. Comment alors un club de football perché dans la banlieue parisienne qui, il y a cinq ans, assurait difficilement son maintien en troisième division nationale – le tout dans un stade vétuste de 4000 places – trouve un écho auprès de la jeunesse branchée parisienne ?

Longtemps dans l’ombre de son voisin parisien, le PSG, mais toujours ancré dans le cœur des banlieusards, le Red Star est en proie à des difficulté financières au début du troisième millénaire.

En 2008, Patrice Haddad, PDG de Première Heure, une société de production de films, devient président du club, avec pour ambition de réveiller la belle (étoile) endormie. En 2014, la montée du club en Ligue 2 annonce l’enclenchement de sa grande campagne.

Sa stratégie ? Vendre l’image du club pour attirer un nouveau public. Résultat :  les Vert et Blanc sont partout ! Avec une page spécialement dédiée au club sur le site du mensuel So Foot, une série documentaire voyageant dans ses coulisses sur Canal+ (La Bande à Bauer, réalisée par Pierre Desmarest), un brand manager embauché pour attirer les DJ aux matchs, ainsi qu’un partenariat noué avec le média en ligne américain Vice, également partenaire du club, le Red Star a réussi à attirer vers lui toute la branchitude parisienne. Autre exemple : en 2015 on assistait à la présence du supporter François Hollande au huitième de finale de Coupe de France Red Star-Saint Etienne en février 2015.

« On s’inquiète pour la culture du club »

Une stratégie payante. Chaque week-end, aux abords du stade Bauer, une nouvelle population, plus jeune, plus féminine, plus « hype », a rejoint les fidèles supporters du club. Face au PSG et sa myriade de joueurs stars, trop « mainstream », le club vert et blanc conserve une « authenticité », chère aux hipsters. Aux reproches de gentrification désormais formulés par le KOP du Red Star, la communauté des supporters les plus fervents, Haddad oppose la longue tradition d’accueil et d’ouverture de toutes les populations dans les tribunes de Bauer. « La volonté n’est pas d’hipsteriser le club mais d’élargir le public. La tolérance et l’anti-discrimination – raciale mais aussi sociologique – sont nos bases. A Bauer, on accueille tout le monde !»  

Pourtant, le problème pour les traditionnels partisans n’est pas d’ouvrir les bras aux nouveaux arrivants mais d’accepter la nouvelle image marque offerte par les sponsors attirées par ce nouveau public. Baptisé « Red Star » (« étoile rouge ») en 1897 pour donner un écho aux opinions politiques plutôt très à gauche de ses fondateurs, le public de St Ouen est historiquement issu de la classe ouvrière. « Voire débarquer des bières tendances (et plus chères), des DJ de boîtes parisiennes à la troisième mi-temps, être sponsorisé par Vice, signer des partenariats avec Uber, on s’éloigne de la culture de notre club témoigne Diego, membre du KOP.

Avec la montée du Red Star en Ligue 2, le club est obligé de s’exiler à Beauvais, en Picardie, pour jouer dans une enceinte aux normes de la seconde division nationale. « Avec le futur agrandissement du stade de St Ouen , le prix des places risque de grimper. Beaucoup n’auront plus les moyens de se rendre chaque vendredi aux matchs » s’inquiète Diego.

Pour l’instant, le plus gros défi est d’améliorer les résultats au niveau sportifs. Avec 16 points en 22 matchs, le Red Star est dernier au classement.



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