Paris à l’heure de la végétalisation

Les Parisiens vouent depuis quelques années, une véritable passion à la nature. Les espèces végétales comme les plantes, les arbustes et même les ruches d’abeilles fleurissent un peu partout dans les rues ou sur les toits de la capitale. La végétalisation, ce concept qui consiste à mettre du vert dans la ville, est bien une tendance de fond qui touche aussi bien les particuliers que les entreprises.

Des allées piétonnes couvertes de bacs à fleurs, des murs végétalisés ou encore des pieds d’arbres recouverts de fleurs… Nous ne sommes pas dans un parc municipal mais bien dans les rues de Paris. Peut-être avez-vous remarqué ces petits espaces de verdure lors de vos escapades. Si vous les rencontrez à nouveau, sachez qu’elles s’intègrent souvent dans un processus de végétalisation. La végétalisation, en clair, désigne toutes ces petites ou grandes actions menées par l’homme afin de recouvrir son environnement de végétation. Et particulièrement en milieu urbain. Alors, quels sont les bénéfices de cette végétalisation ? La nature a de nombreux bienfaits puisqu’elle rafraîchit la ville qui souffre continuellement de l’effet “îlot de chaleur urbain”, améliore le confort thermique des bâtiments et surtout, la qualité de notre air.

 

A Paris, 100 hectares végétalisés d’ici 2020

Consciente des enjeux liés à l’environnement, la mairie de Paris, sous l’impulsion d’Anne Hidalgo, multiplie depuis trois ans les appels à projets, les campagnes et évènements en tous genres pour sensibiliser ses habitants à l’importance de la Nature. En janvier 2016, la collectivité a signé la charte “Objectif 100 hectares.” Par ses actions et ses divers partenariats avec des propriétaires ou des entreprises, elle s’engage à végétaliser 100 hectares de terrain.

Concrètement, chacun peut apporter sa pierre à l’édifice. Tout Parisien peut demander un “permis de végétaliser” via un formulaire à remplir sur le site de la mairie. Il faut décrire le dispositif qu’on veut implanter (jardinière sur le trottoir, végétalisation d’un pied d’arbre ou un mur) ainsi que l’emplacement, et attendre environ 30 jours pour la recevoir. “C’est un engagement de la mairie de Paris de permettre la végétalisation participative de l’espace public via l’octroi du permis de végétaliser », explique Juan Martinez, chargé de mission Espaces Verts à la mairie du 14e arrondissement. « Dans le 14e arrondissement, on a voulu créer une communauté de personnes qui sont jardiniers ou composteurs pour se lancer dans la végétalisation de l’espace public (…) On a par exemple les Grands Voisins qui souhaitent végétaliser une grande partie de l’avenue Denfert-Rochereau du côté du trottoir en intégrant des bancs ou encore des pergolas. Cela devient même une forme de mobilier urbain végétalisé. ” Près de 200 permis de végétaliser ont été octroyés sur les quelques 140 000 habitants du quartier (qui compte 12 lieux dédiés à la végétalisation). “On va même expérimenter des fosses débitumées rue de Coulmiers, c’est-à-dire qu’on va enlever le bitume pour permettre aux habitants de jardiner directement dans le sol”, se réjouit-il.

 

Le Jardibanc situé dans le 14e arrondissement, avenue du Maine. Crédit photo : Manon Leterq.

Plus récemment, lundi 28 janvier, la mairie de Paris a lancé sa troisième édition des “Parisculteurs.” Cet appel à projets (à destination des agriculteurs, jardiniers, paysagistes ou entrepreneurs) vise à développer l’agriculture urbaine. 32 sites répartis à Paris et en Seine-Saint-Denis sont mis à disposition, comme des friches abandonnées, des toits, des murs ou des sous-sols. 5,8 hectares seront bientôt cultivés, sur la base des idées des participants retenus.

Le business de la végétalisation

Certaines entreprises, sentant le vent tourner il y a quelques années, ont décidé de se lancer sur le marché de la végétalisation. C’est le cas de Pierre-Dominique Martin, fondateur d’Urban Green. Depuis cinq ans, la société, spécialisée dans les petites surfaces extérieures en milieu urbain, développe ses activités à Paris et en proche banlieue. Elle a installé quasiment 1000 jardinières sur les balcons parisiens depuis sa création. La promesse ? “Apporter un jardin en ville, sur votre balcon.”

Aujourd’hui, 60% de ses clients sont des particuliers et 40% des entreprises (comme Airbnb et le BHV) ou des hôtels :  “A l’époque, je me suis rendu compte qu’il y avait peu de balcons végétalisés à Paris alors que ce sont des mètres carrés qui coûtent très cher, mais ils n’étaient pas utilisés. J’ai fait une étude de marché et je me suis rendu compte que ces balcons n’intéressaient ni les grands groupes ni les fleuristes (…) Donc nous on aménage de A à Z les balcons, c’est-à-dire qu’on fournit les bacs, la végétation, les arrosages automatiques et le terrage. Cela coûte entre 500 et 30 000 euros”, explique Jean-Dominique Martin. Les espèces végétales sont sélectionnées pour pouvoir s’adapter au milieu urbain, sachant qu’on atteint les 40°C sur un balcon en hauteur l’été et un -5°C ressenti en hiver avec les courants d’air. Selon lui, les Parisiens veulent profiter le plus possible de leurs m² pour améliorer leur confort. Preuve de sa réussite, les affaires se portent très bien. “C’est une vraie tendance de fond le fait de vouloir du vert chez soi et en ville. Cela a plusieurs intérêts comme l’aspect visuel et esthétique. Quand on a un arbuste devant soi, on a l’impression d’être dans un jardin. C’est aussi très utile pour sensibiliser les enfants à la nature, qui voient la fleur grandir et mourir.”

 

Un balcon repensé par la société Urban Green, en plein coeur de Paris. Crédit photo : Urban Green.fr

Pour Pierre-Dominique Martin, le succès des plantes auprès des entreprises est logique, surtout depuis l’application de la loi anti-tabac : “La loi anti-tabac a poussé les salariés et les clients à se rendre à l’extérieur, donc les végétaux ne sont plus à l’intérieur mais à l’extérieur. Les entreprises se sont rendus compte que leurs locaux extérieurs sont utilisés par leurs salariés pendant la pause. Ce sont devenus des espaces conviviaux. Il y a vingt ans, le dernier étage était celui de la direction avec une terrasse pas utilisée avec des fleurs en plastique. Maintenant en dernier étage, c’est un espace destiné à recevoir les clients ou les salariés.” D’où la nécessité de rendre ces espaces plus confortables et agréables.

Ce point de vue est partagé par Gaëlle de Broissia, fondatrice de la société Naturabee qui propose depuis 2013 aux entreprises (principalement en région parisienne) d’installer des ruches d’abeilles sur leurs toits. Car poser une ruche d’abeilles, c’est s’inscrire dans la végétalisation. Veolia, Pierre et Vacances, Briochin ou encore Yves Rocher ont sauté le pas. Avant la pose de la ruche, Naturabee vérifie la faisabilité du projet et se charge de trouver un espace au calme et peu fréquenté. Des apiculteurs sont aussi mobilisés pour guider et conseiller l’entreprise. Aujourd’hui, une centaine de ruches d’abeilles ont été posées. 

Des abeilles sur les toits de Paris

Alors, pourquoi les entreprises s’engagent-elles dans cette démarche ? Car elles se soucient du bien-être de leurs salariés, veulent les fédérer autour d’un projet collectif tout en valorisant leurs espaces de travail. Tout ça, autour des abeilles. “ On leur propose de venir participer à la récolte. Ils viennent aux ruches pour lever les hausses (les étages) ou pour extraire le miel des cadres. C’est quelque chose qui plaît beaucoup”, observe Gaëlle de Broissia. Les collaborateurs participent donc à des ateliers plusieurs fois par an. Le miel récolté est ensuite vendu ou offert aux associations et salariés à la fin de l’année.

Les abeilles sont plus productives en ville qu’à la campagne.“Les villes s’engagent dans des politiques zéro phyto donc il n’y a plus de pesticides. On constate qu’en ville, il n’y a pas de problème de mortalité d’abeilles contrairement à la campagne. Il fait aussi plus chaud à Paris donc ces quelques degrés d’écart font la différence car l’abeille sort au-delà de 12°C. Elles vont sortir plus tôt et plus longtemps”, explique Gaëlle de Broissia. Paris qui se veut plus accueillante pour ses habitants, offre les conditions nécessaires à la pollinisation des abeilles

Manon Leterq

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