Les poils s’affichent sur les réseaux sociaux avec le #Januhairy

Depuis un mois certaines Parisiennes ne s’épilent plus pour le #Januhairy. Un challenge à la portée plus féministe que populaire.

Montrez-nous ces poils que nous ne voyons pas ! C’est le nouveau challenge à la mode sur les réseaux sociaux : le #Januhairy. Le principe est simple : ne pas s’épiler du mois de janvier, et pour les plus courageuses, exposer sa pilosité nouvelle sur Instagram ou sur Twitter. L’idée, tout droit importée de la Grande-Bretagne, semble avoir séduit les Française et a fortiori les Parisiennes, comme Laura – autrement appelée « Lora » sur Twitter -.

A tout juste 18 ans, et derrière son air poupon de jeune étudiante en classe préparatoire aux écoles de commerce, elle est fière de défendre ses idéaux féministes, à commencer par la reprise en main de son propre corps. Fière, au point d’écrire sur Twitter « #Januhairy c’est tous les mois depuis plus d’un an », et d’épingler son tweet sur son compte.

Si elle n’affiche pas ses poils directement sur la toile, Laura n’a pas honte de les laisser s’échapper d’un vêtement un peu évasif lorsque l’envie lui en prend. Sur les jambes, sous les aisselles, sur le maillot, ils n’ont pas vu la couleur d’une cire dépilatoire depuis plus d’un an.

Le déclic ? “C’était en novembre 2017”, se rappelle-t-elle. L’hiver commençait à poindre, c’était le moment idéal pour mettre en œuvre sa nouvelle résolution : arrêter de s’épiler, acte plus douloureux que libérateur selon elle. 

« J’en avais marre, ça faisait super mal. On sentait à ce moment-là une tendance [à ne plus s’épiler, ndlr] émerger. Je me suis dis que si j’arrivais à accepter mes poils je pourrais ne plus jamais le faire. Comme lorsqu’on se coupe les cheveux, c’est une habitude à prendre. »

Le #Januhairy a donné une toute autre dimension à son acte, jusque-là personnel, en le rendant public. Sur les réseaux sociaux, Laura n’est pas seule à revendiquer sa pilosité féminine.

Laura, étudiante en classe préparatoire aux écoles de commerce, ne s’épile plus depuis l’hiver 2017.

Solène, 29 ans, milite au sein du collectif “Liberté, pilosité, sororité” -créé en septembre 2018- pour rappeler que “les poils font partie intégrante de la femme”.  

Il y a deux ans, elle s’est décidé à sauté le pas : “Je me suis dit que j’étais assez grande et adulte pour assumer le regard des autres. Depuis, je ne me suis épilée qu’une fois pour la mariage de ma meilleure amie.” Elle doit parfois encore faire avec les remarques de son compagnon mais ne cède pas : “C’est mon corps, je fais ce que je veux avec.

C’est mon corps, je fais ce que je veux avec.

Trop douloureux ou trop contraignant, les raisons d’arrêter ne manquent pas, mais pour Leïla, comédienne, auteure et chanteuse de 20 ans, c’est le motif financier qui l’a emporté.

Alors qu’elle ne voulait plus se raser, le coût de l’épilation en institut (compter de 15 à 60 euros par mois en moyenne) l’a dissuadée de continuer à s’acharner contre ses poils. Et si elle reconnaît faire encore appel à une esthéticienne “en cas de grand événement”, elle se satisfait de redécouvrir sa pilosité.

La société de ne rend pas compte que les meufs ont des poils. Le #Januhairy c’est chouette parce que ça permet de revendiquer une liberté de nos corps et de l’afficher ouvertement”, s’enthousiasme-t-elle.

Si elle trouvait d’abord ses poils “horribles”, elle a fini par s’habituer à ses nouveaux compagnons de vie. Mais Leïla, Laura comme Solène, toutes ont pris leur décision avant que le #Januhairy ne fasse son apparition sur les réseaux sociaux.

Un défi marketing

Alors ne plus s’épiler relève-t-il véritablement du « challenge » ? Pour Sophie Barel, doctorante sur l’expression du corps féminin sur les réseaux sociaux , la notion de challenge est avant tout un outil marketing pour attirer l’attention.

« On arrête de fumer au mois de novembre, on arrête de s’épiler en janvier. C’est pris comme un jeu. Certaines femmes ont besoin d’être en groupe pour mener ce genre d’action et y arriver.« 

Pourtant, afficher volontairement ses poils à la vue de tous n’est pas toujours très amusant et relève plutôt du défi pour les femmes.

« Les injonctions qui pèsent sur le corps des femmes sont lourdes et presque impossible à contourner, sous peine de sanctions sociales : moqueries, rejet, insultes, voire pire« , souligne Hélène Breda, maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris 13.

Les menaces de viol à l’encontre de la mannequin suédoise Arvida Bystrom en 2017, après une campagne pour Adidas où elle posait sans être épilée, en est l’illustration parfaite. Plus qu’un jeu, montrer son corps et sa pilosité,  est pour ces femmes une façon d’habituer le regard des autres.

Les réseaux sociaux, un espace de lutte et de militantisme

Pour autant, l’essor de ce genre de challenge sur Twitter représente un atout de plus pour faire avancer les causes féministes.

« C’est nécessaire et  très pertinent d’utiliser la viralité des réseaux sociaux pour essayer de faire passer le message. Pour que la norme change, il faut changer les usages, habituer les regards à d’autres standards. Travailler avec des images qui ont une grande diffusibilité, et les mettre en réseau avec des hashtags, c’est une stratégie intéressante », estime Hélène Breda, aussi connue sous le pseudonyme « Feministopie » sur Twitter.

Se prendre en photo avec ses poils peut pousser les femmes à mener une véritable réflexion sur leur pilosité. C’est exactement ce que souhaite Solène quand les autres femmes la voient.

« Toutes les actions, qu’elles soient individuelles ou collectives, sont importantes. Quand je me balade en jupe en été, sur les 50 personnes que je vais croiser, il y en aura peut-être une qui se dira que c’est possible pour elle aussi de sortir non épilée. »

Ne plus se préoccuper de ses poils, même si cela semble anodin, n’est pas une décision qui se prend sur un coup de tête.

« Il y a tout un travail de déconstruction à mener. Même si les femmes ne vont pas forcément le faire immédiatement après le hashtag, c’est un peu le principe de planter la petite graine. On se rend compte que plein d’autres l’ont déjà fait et on s’interroge sur soi-même« , explique la sociologue Sophie Barel.

Si l’entourage de Laura accepte son choix et la soutient, la jeune fille est consciente de faire encore figure d’exception. Ses amies, les mêmes qui ont partagé le #Januhairy avec elle sur Twitter, n’osent toujours pas franchir le pas.

Poils trop bruns, peur du regard des autres, les excuses ne manquent pas pour repousser l’heure de la décision. Mais Laura reste optimiste. Après tout, la vidéo en 2017 de la mannequin Gigi Hadid exhibant ses aisselles poilues ne l’a-t-elle pas conforté dans son choix ? Le #januhairychallenge ne poussera sans doute pas toutes les femmes à renoncer à l’épilation, mais il permet au moins d’ouvrir la voie à la réflexion.

 

Chloé Veigas

Caroline Vinet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *